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Cas de conscience : le travail des animaux ?
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MessageMessage posté...: 03 Sep 2017, 19:53 
Grand maître Lapinous
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Inscription: 15 Juil 2014
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Bonjour tout le monde !! :)

Je suis rentrée de vacances ce soir (nous avons profité des quelques jours restants pour partir 3 jours à la mer avec mon meilleur ami), et j'aborde la rentrée.

Comme certains le savent, j'ai été diplômé éducatrice en Juillet après avoir beaucoup travaillé sur la zoothérapie et la médiation par l'animal dans tous ses états. Je me suis dit que j'allais profiter de l'été et commencer à chercher du travail en Septembre. J'aimerais beaucoup pouvoir lier mon travail d'éducatrice à ma passion pour les animaux, mais maintenant que j'y arrive se pose un gros cas de conscience... Vous l'aurez compris, le "travail" des animaux.

Dans mon métier, plusieurs choix s'offrent à moi :
- être itinérante et me balader de lieu d'accueil en centre spécialisé avec des petites bêtes (lapins, cochons d'inde, poules, chiens...) afin de mettre en place des activités au sein de ces lieux. Pour ça j'ai le contact de plusieurs personnes qui pourraient potentiellement m'embaucher.
- Intégrer un établissement incluant des activités autour de l'animal au sein même du lieu, c'est le cas de l'hopital psychitrique proche de chez moi (ils ont recréé une véritable ferme au sein de l'hopital, qui est presque une petite ville)
- Intégrer un établissement de type ferme pédagogique et y acceuillir des groupes
- Postuler dans un établissement classique et proposer des activités extérieures en lien, voire y intégrer moi-même des animaux.


Dans tous les cas, cela inclue le travail des animaux. Le premier serait le plus accessible, étant donné que j'ai plusieurs contacts dans ce milieu, toutefois j'ai peur d'être confrontée à des situations qui éthiquement me seront complexes à gérer : mélanger des lapins avec toutes sortes d'animaux à poils et à plumes, trimbaler les animaux toute la journée d'un lieu à l'autre, faire éventuellement face à des conditions de vie qui sont incohérentes avec mes principes, défauts de soins et j'en passe... Pour faire simple et vulgaire, j'ai "le c*l entre deux chaises" et je ne sais vraiment pas quoi faire... Me résigner à faire une croix sur tout un pan de mon travail et de mes intérêts ou aller jusqu'au bout des choses et risquer d'être confrontée à des façons de faire qui ne me conviennent pas? Sans les animaux il manquera toujours quelque chose à mon travail, mais j'ai peur que ce ne soit pas éthique de les y inclure... Je suis perdue !!

Qu'en penseriez-vous à ma place? Certain.e.s ici travaillent-ils/elles sur le lien homme/animal? Si oui, comment gérer l'association des deux dans le respect de chacun?


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Re: Cas de conscience : le travail des animaux ?
MessageMessage posté...: 03 Sep 2017, 21:08 
Grand maître Lapinous
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Inscription: 20 Mai 2015
Messages: 4464
J'ai un projet un peu près similaire au tien : j'aimerais ouvrir une ferme pédagogique et proposer d ela médiation animal.
J'ai suivi une formation sur la création d'entreprise pour ce faire, monter un sérieux business plan qui a été validé par 2 commission. Bref, j'ai pousser très loin la réflexion et faute d'avoir trouver un terrain + bâtons dans les roues, je renonc eà mon projet pour l'instant, j'irais le faire ailleurs.
Je n'ai pas suivi les mêmes études que toi, mais j'aspire à la même chose que toi

Tu connais mon éthique vis à vis des animaux et le même cas de conscience que toi s'est poser à moi.
C'est pour ca que je souhaite monter ma boite, celà me permettrait de respecter mon éthique et de choisir moi même les concessions que je suis prête à faire là dessus. Notamment concernant l’activité en itinérance (je te confirme que c'est demandé par les ime par ex) : les nacs et les petits animaux sont très demandés pour ce genre d’activité, facile à transporter, moins impressionnant que les poneys par ex. Mais voilà, pour eux, c'est un désastre. Voyager tous les jours, c'est pas forcément le soucis : je le fais depuis des mois avec certains de mes lapins pour les emmener manger de l'herbe chez ma mère, à 10 minute,s ce, tous les jours ou presque. Non là où ca pose pb, c'est le changement de lieux, d'environnement, d'être manipulés, parfois brutalement. C'est hyper stressant poru eux. On peut alors se dire qu'ils ne faut pas le savoir seuls, qu'ils se sert les coudes et alterner les animaux d'un jour sur l'autre : donc en avoir pas mal, ce qui veut dire coût de revient doublé, pas rentable, le patron ne voudra pas sauf si tu es le patron. Après, il y a des animaux plus enclin que d'autres à faire ceci. Et ca, tu le verras sur le tas, il n'y a pas de races ou sexe ou de tailel d'animal mais c'est uen quesrion d'individus : j'ai par ex Câlin qui a horreur d'être touché mêem par moi alors que j'ai Blanche qui vit avec qui le veut bien, même par d'autres que moi.

Après, trouve run job en ferme péda, je ne veux pas te décourager, mes les places sont chères. J'ai tous les diplômes poru bosser là bas, allant des soins à l'animal en passant par l'animation professionnel et de l'expérience. Et pourtant, à 34 ans, j'ai pas encore trouver uen place stable là dedans.
Et puis, comme tu le craints, le Job qui respecte ton éthique, faut le trouver; En juillet dernier, j'ai bosser dans uen assoc, filiale de 30 M d'amis : j'y ai vu d ela maltraitance animale, des animaux pas sortis depuis 3 semaines de leur minuscule boxe, sur de la merde, qu'on me demandait de frapper pour faire avancer (j'ai refuser, j'ai fais descendre l'inspection du trvail pour d'autres points qui n'allait pas vis à vis des employés, résultat, ils otn cochés la case "rupture de la période d'essai à l'initiative de l'employé " , du coup, j'ai le droit ni à rssa ni à chômage, mais je ne voulais pas rester, je peux me regarder dans la glace.
Prendre un job où on bosse avec les animaux, quand on les aime sincèrement pour ce qu'ils sont et ce dont ils ont besoin, c'est dur. Pas infaisable, mais dur, ca demande à faire des concessions.


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Re: Cas de conscience : le travail des animaux ?
MessageMessage posté...: 03 Sep 2017, 22:11 
Grand maître Lapinous
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Inscription: 15 Juil 2014
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Je me doutais Equifeel que tu comprendrais mes interrogations, et ton expérience jour aussi dans les doutes que je peux avoir puisque nous en avions un peu parlé.

Concernant l'itinérance, c'est en même temps là où je serai le plus facilement prise (il s'agit de contacts, et rappellons que je suis jeunes diplômée donc peu crédible en candidature directe), mais c'est à la fois là où j'aurais le plus le sentiment de maltraiter les animaux... Car même si les choses sont faites correctement, avec des animaux séléctionnés et dans les "règles de l'art", trimbaler des lapins de lieux en lieux n'est pas conforme à leur mode de vie, d'ailleurs la journée c'est l'heure de la sieste pour eux !

Vient le sujet de la fermé péda, il y en a une qui a ouvert très récemment qui est une annexe d'un centre équestre adapté dans lequel j'avais fait un stage. Je me dis que je peux tenter de postuler, sans certitude non plus sur la façon dont sont traités les animaux, j'avais eu quelques doutes du côté du centre équestre durant mon stage... (mes doutes étaient davantage liés à la sécurité au sein des locaux qui laissait clairement à désirer, mais ça ne devait pas être le seul couac je pense car quand on a 0 sécurité lorsqu'on accueille des personnes en difficultés, c'est qu'il y a anguille sous roche !)

Après, il y a l'hopital psy où je peux également postuler, mais j'ai peur de me retrouver dans un lieu très procédurier et "enfermée" entre les murs du lieu, et pas tellement dans la zoothérapie...

Cela risque déjà d'être complexe de trouver un travail, alors en me mettant des barrières sur les traitements des animaux c'est quasi mission impossible, j'hésite à postuler dans un endroit "classique" mais j'ai du mal à m'y résoudre..


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Re: Cas de conscience : le travail des animaux ?
MessageMessage posté...: 04 Sep 2017, 21:23 
Grand maître Lapinous
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Inscription: 4 Sep 2012
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Hello!
Pas facile en effet.
Je suis orthophoniste, j'ai fait une formation autisme récemment, et j'ai rencontré une éduc qui fait de la médiation animale. Elle déplace donc ses NAC presque chaque jour.
Elle m'a montré des photos des ateliers qu'elle anime avec des groupes d'enfants.
Je me suis permise quelques remarques sur la façon dont elle gérait les animaux;; je pense qu'elle aime les animaux mais est mal renseignée... d'ailleurs elle a eu une portée de lapins accidentelle...
Difficile de toutes façons de concilier travail et bien être total des animaux.
Tu parles des centres équestres: ceux-ci devraient tout simplement être interdits (et pourtant je fais de l'équitation...) Les chevaux sont grégaires, absolument pas à l'aise seuls dans un box! Cf tous les chevaux qui s'ennuient, mal nourris (comme les lapins, le cheval est herbivore strict).
Voilà, je pense qu'on n'a pas trop le choix, il faut faire avec les contraintes que l'on a. Déjà tu en es consciente, donc tu feras au mieux pour que tes bêtes en pâtissent le moins possible, c'est déjà beaucoup!
Après, à voir mais le chien est sans doute l'animal qui s'adapte le mieux à toutes les conditions; ils font d'ailleurs de très bons médiateurs.
Bon courage dans tes recherches et ta réflexion.

_________________
Cachou et Pablo, mère et fils.
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Re: Cas de conscience : le travail des animaux ?
MessageMessage posté...: 24 Nov 2017, 08:17 
Grand maître Lapinous
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Inscription: 11 Oct 2017
Messages: 354
Bonjour,

Quelle sujet, je me demandais si il était possible de réaliser la méditation par animal ou la zootherapie, je suis curieuse sur cela, est-il possible que vous m'en disiez plus Lea76 et Equifeel?

Merci beaucoup

_________________
«On ne peut voir la lumière sans l'ombre, on ne peut percevoir le silence sans le bruit, on ne peut atteindre la sagesse sans la folie.»


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Re: Cas de conscience : le travail des animaux ?
MessageMessage posté...: 24 Nov 2017, 14:02 
Grand maître Lapinous
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Inscription: 15 Juil 2014
Messages: 1582
Salut Stéphanie ! :)

Je me ferais un plaisir de répondre à tes questions et t'expliquer ça un peu plus en détails à mon petit niveau (je n'ai pas encore un très grand vécu sur la question, mais j'ai énormément travaillé sur ce sujet au cours de ma formation et avant^^)

Me concernant j'ai surtout travaillé en lien avec le cheval. J'ai réalisé un premier stage dans un centre équestre adapté, c'est l'équivalent d'un centre équestre classique mais adapté de A à Z aux différents handicaps. Le fondateur est lui-même tétraplégique d'ailleurs. Ils ont des objectifs spécifiques adaptés aux difficultés de chaque personne accueillie (ils reçoivent des groupes mais aussi des personnes inscrites individuellement) et ce qu'ils font là bas a pour but d'aider les personnes à avancer sur leurs difficultés propres. Le cheval (et l'animal en général) est un très bon médiateur, les animaux permettent un contact de l'ordre de l'instinctif et du spontanné, c'est un lien naturel qui se crée entre les gens et qui peut les aider à avancer sur un tas de problématiques. Si ça t'intéresse, j'ai quelques "histoires" de résultats assez bluffants que j'ai constaté notamment au sujet de la violence, de la coordination motrice, de la confiance en soi, des angoisses et j'en passe, avec le simple lien à l'animal ^^
J'ai aussi travaillé quelques semaines avec une éducatrice spécialisée qui avait monté chez elle un centre de vacances pour adultes handicapés, elle proposait un accueil de groupe avec encadrement sur place (groupe d'une 10aine de personnes) et leur proposait des activités en lien avec le cheval : rando à cheval, en calèche, séances de "voltige"...
Toutes les activités en lien avec le cheval sont pour moi à double bénéfice : il y a le côté psycho/affectif que l'on retrouve avec tous les animaux (ce qui permet de travailler sur la confiance en soi, l'autonomisation, la responsabilisation et j'en passe), et le côté purement moteur puisque l'équitation permet d'améliorer sensiblement la cohésion motrice, la perception de son corps dans l'espace, la coordination des mouvements etc.

L'an dernier j'ai monté un projet de séjour avec des enfants en foyer, je les ai emmené une semaine dans une ferme équestre et j'ai été vraiment bluffée des résultats obtenus en si peu de temps..! Chacun avait des difficultés très importantes mais toutes différentes, et je peux affirmer que TOUS les enfants du groupe ont pu progresser sur leurs propres difficultés et parfois montrer des résultats étonnants en à peine une semaine !

Si ça t'intéresse pour mon diplôme j'ai rendu un écrit pratique, j'y explique ce qu'est le travail avec l'animal puis je raconte plusieurs expériences vécues, plusieurs projets que j'ai réalisé sur le sujet. Si ça t'intéresse je peux te l'envoyer, si tu ne connais pas du tout ça peut t'aider à visualiser les choses puisque je raconte des choses concrètes que j'ai vécu ^^


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Re: Cas de conscience : le travail des animaux ?
MessageMessage posté...: 24 Nov 2017, 15:06 
Grand maître Lapinous
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Inscription: 11 Oct 2017
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Merci pour ta réponse! Lea76

Ça tombe bien, j'adore les histoires! De toute sorte d'ailleurs et même les longues!
Ayant aussi fait de l'équitation pendant 8 ans, je comprends a quel point le cheval peut-être une source de remède et de chaleur aussi, c'est animal qui sait guérir les coeur.

Oh oui si tu peux m'envoyer ton ecrit se sera une joie de te lire! Je te serais reconnaissante!
Je m'intéresse au medecine du genre artherapie, celle des pierres et j'avoue que les animaux cela a toujours été ma première thérapie à moi haha

J'ai une question déjà simple: comment l'idée tes venues à l'esprit pour réaliser cette formation?

Ou as-tu trouvé ta formation? Combien de temps dure t elle?

Qu'as tu développé de plus dans cette formation? (Que tu n'avais pas avant par exemple. Qualité sensorielle,connaissances etc...)

Qu'as tu développé avec la zootherapie? As-tu l'impression de mieux comprendre les animaux? Ainsi que mieux te comprendre par le lien de cette pratique?

Avec ce que tu possède actuellement comme bagage, as-tu trouvé le métiers qui te convient?

Si tu as des ouvrages, je suis preneuse!

Je suis pour ma part en pleine études pour être professeur des écoles et je me questionne beaucoup sur ce lien entre animaux et enfants.
Responsabiliser, sensibiliser, stabilité, respect et la méditation sont des éléments qui peuvent être apportées et dont j'aimerai enseigné que se soit en Svt, art plastique, musique et en sport!

_________________
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Re: Cas de conscience : le travail des animaux ?
MessageMessage posté...: 25 Nov 2017, 01:57 
Grand maître Lapinous
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Inscription: 15 Juil 2014
Messages: 1582
Je ne peux pas envoyer de fichier par MP :/ Je l'ai sur un autre ordinateur, si tu aimes les histoires je prendrais un peu de temps dans les prochains jours pour copier/coller ici la partie "histoires" que personnellement j'aime beaucoup car rien de mieux que de raconter les choses. La théorie c'est bien, mais sur ce sujet c'est assez flou, c'est du vivant face à du vivant, donc le vécu parle mieux que toute la théorie du monde je trouve ^^

Pour répondre à tes questions :

Comment l'idée tes venues à l'esprit pour réaliser cette formation?
Alors, ma formation n'est pas en médiation animale, j'ai fais une formation de monitrice éducatrice (plus ou moins équivalent à éducateur spécialisé qui est souvent plus "connu"). Mais j'ai toujours depuis toute gamine voulu travailler avec les animaux.
Pour t'expliquer un peu ce qui m'a poussé à faire le métier d'éducatrice, je vais te raconter dans les grandes lignes mon cheminement et tu vas comprendre pourquoi la question de la médiation animale est omniprésente dans mon parcours :
J'ai toujours aimé les animaux, j'ai commencé l'équitation à 9ans. Arrivée au collège je lisais beaucoup depuis toute petite, surtout des romans en lien avec le cheval (fana à mort haha) et j'ai lu un bouquin (roman pour enfant) relatant l'histoire d'une petite fille autiste qui allait faire du poney, c'était romancé à mort mais ça racontait les progrès de cette enfant etc. Ca a tout de suite tilté dans ma tête et j'ai dit à ma mère "plus tard, je veux faire accompagnatrice de gens en difficultés avec des animaux !" haha !
A la fin du collège j'ai voulu faire un stage dans un lieu d'accueil pour personnes handicapées, j'étais mineure alors je n'ai pas pu. C'est tout naturellement que j'ai trouvé le centre équestre adapté dont je parlais ! Malgrès un pouce en moins, j'ai beaucoup apprécié ce stage haha (j'étais à l'époque très très bonne cavalière, alors ils m'ont demandé de "calmer" un jeune cheval qui menaçait de mettre en danger sa cavalière. Manque de bol, le cheval s'est mélangé les sabots, il a chuté dans sa course et je suis passée par dessus, lui s'est relevé tout de suite et a sauté par dessus moi, mais a mal calculé son angle, il a davantage sauté SUR moi qu'au dessus haha, RIP mon dos et surtout ma main...^^')
Ensuite un peu plus tard j'ai eu l'occasion d'accompagner l'éducatrice dont je parlais dans mon précédent message, qui gérait un petit centre de vacances. Toujours autour du cheval, j'ai accompagné les activités équestres.
Après mon bac j'ai fais 1an de fac de psycho puis j'ai passé le concours d'entrée en école de monitrice éducatrice, et notamment en deuxième année pendant mon stage long (10mois) j'ai monté seule un projet de séjour dans une ferme équestre, c'était fantastique, j'ai rédigé un projet entier pour chaque enfant (ils étaient 10) afin d'avancer sur leurs problématiques, j'ai été incroyablement touchée de voir que même les plus grands espoirs que j'avais osé placer sur ce séjour ont été dépassés, les résultats ont été incroyables !!!


Ou as-tu trouvé ta formation? Combien de temps dure t elle?
Concernant la formation de monitrice éducatrice, c'est un diplôme d'Etat qui se passe après 2ans de formation dans un centre de formation aux métiers du social.
Il existe des formations complémentaires en médiation animale, je suis en train de me renseigner là dessus. Ce n'est pas encore hyper encadré et en France ça commence à émerger, et les prix flambent... Il y a des formations "courtes" (deux ou trois mois) qui couvrent jusqu'à 4 modules. Il y a aussi des formations beaucoup plus complètes qui commencent à sortir, où cette fois c'est à peu près 1an de formation avec stages pratiques etc. Je suis en train de me renseigner pour intégrer une école de ce type car je trouve que deux mois c'est un peu "léger".


Qu'as tu développé de plus dans cette formation? (Que tu n'avais pas avant par exemple. Qualité sensorielle,connaissances etc...) :

Comme tu l'as compris, je ne pourrais te parler que de ma formation de monitrice éducatrice. Mais au niveau de la médiation animale, ce que j'en ai retenu et qui est capital c'est qu'on ne peut pas procéder "au hasard". Au départ dans toute mon innocence je pensais qu'il suffisait de mettre une personne avec un animal et attendre de voir ce qu'il se passait. En vérité l'animal vient en soutient du travail déjà existant avec la personne, l'activité doit être sérieusement réfléchie en fonction des besoins et des capacités/incapacités de la personne, pour maximiser les chances de réussite et permettre quelque chose de pertinent.
Après en pratique, j'ai aussi compris que tout était beaucoup question d'instinct. Ca m'est arrivé de me retrouver en plein milieu d'un paddock au coucher du jour avec une petite de 6ans, car c'était "LE" moment propice pour elle. On ne peut pas toujours tout gérer, tout calculer, comme je disais c'est du vivant avec du vivant, alors il faut sans cesse analyser ce qu'il se passe et s'adapter à la personne ET à l'animal. Et parfois, on se retrouve donc au milieu des chevaux à 22h car la petite qui était tétanisée à l'idée de les approcher se sent pour une raison ou une autre beaucoup plus apaisée à cet instant, et c'est le moment où jamais pour tenter quelque chose. C'est s'adapter en permanence et ne jamais essayer de forcer, laisser d'un côté comme de l'autre chacun évoluer à son rythme, on ne peut pas provoquer ou forcer la rencontre, mais on peut l'encourager, l'encadrer et l'aider.

Qu'as tu développé avec la zootherapie? As-tu l'impression de mieux comprendre les animaux? Ainsi que mieux te comprendre par le lien de cette pratique?
Je n'ai pas encore assez d'expérience pour prendre suffisament de recul là dessus donc je ne pourrais pas te dire.
Tout ce que je peux te dire au niveau de mon vécu, c'est que je suis montée à cheval pendant 10ans et que j'ai clairement mesuré l'impact que ça avait sur moi. A l'adolescence j'ai eu des périodes compliquées, et chaque semaine pendant quelques heures ma tête se vidait complètement, j'étais sur un petit nuage, je n'ai JAMAIS retrouvé un tel soulagement à travers aucune activité, sauf auprès des animaux.

Avec ce que tu possède actuellement comme bagage, as-tu trouvé le métiers qui te convient?
Pour l'heure je suis encore sans emploi, j'envisage de commencer une formation en médiation animale sans toujours toutefois savoir où ça peut me mener. En parallèle, je compte reprendre l'équitation dès les beaux jours haha !
Je pense malheureusement devoir tôt ou tard m'orienter vers un post "classique" d'éducatrice, en espérant en trouver un, mais je ne laisserai pas tomber cet intérêt pour le travail avec l'animal et j'essayerai au mieux de pouvoir le lier à mon futur poste ^^


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Re: Cas de conscience : le travail des animaux ?
MessageMessage posté...: 27 Nov 2017, 16:31 
Grand maître Lapinous
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Coucou Lea76,

Je tiens à te remercier de prendre le temps de me répondre!
Cavalière un jour cavalière toujours!

Franchement, je veux bien te lire, j'ai beaucoup de choses à apprendre et j'avoue je suis curieuse aussi.
Je trouve que c'est une belle alternative de réunir humain et animaux, c'est vrais que dans le domaine de l'équitation on voit beaucoup de personnes apaisées. Et surtout malgré l'handicape pouvoir faire de l'équitation sa donne une sacrée joie de vivre.
Ils ont quelque chose de fabuleux les chevaux, ils sont simple si on prend le temps de les écouter et d'analyser leur geste.
J'ai fais 9 ans d'équitation et j'avoue que c'était les 9 années les plus détendu .

Je veux bien te lire car on a beaucoup à apprendre

_________________
«On ne peut voir la lumière sans l'ombre, on ne peut percevoir le silence sans le bruit, on ne peut atteindre la sagesse sans la folie.»


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Re: Cas de conscience : le travail des animaux ?
MessageMessage posté...: 29 Nov 2017, 13:59 
Grand maître Lapinous
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Comme il est impossible de joindre un fichier et que je ne sais pas du tout comment le faire via un "cloud" ou quoi, je n'ai d'autre solution que de le copier coller intégralement ici haha ! Si quelqu'un a une idée de comment faire autrement je suis preneuse ! Ce n'est pas LE dossier du siècle mais j'aimerais éviter de me le faire piquer, ça m'a tout de même demandé un petit peu de travail ^^'

Je vais essayer de reproduire un peu la mise en page pour que ce soit clair, c'est un dossier de 20 pages donc ce sera un peu long !
Pour précision : tous les prénoms sont bien entendu modifiés ;)




Table des matières

Introduction :

I. Présentation de mon lieu de stage (MECS)

II. Notions théoriques sur la zoothérapie

III. Situations
A) L’histoire de Lucienne
B) Nora et son poney
C) L’animal comme soutien psychomoteur

Conclusion

Bibliographie





Introduction :

Mes premiers désirs de devenir éducatrice remontent à l’âge de mes 11 ans lorsque j’ai lu un roman traitant de l’histoire d’un enfant autiste de 6 ans et de sa rencontre avec un poney. Ce roman, bien qu’étant une histoire pour adolescent, m’a poussée à m’intéresser de très près au milieu du handicap et ce en lien avec l’équitation puisqu’étant à l’époque cavalière.
Quelques années plus tard lorsqu’il a été question de réaliser mon stage de 3ème, j’ai souhaité m’orienter vers un établissement médico-social. Ce souhait n’ayant pas pu aboutir en raison de mon jeune âge, j’ai néanmoins pu intégrer un centre équestre adapté, accueillant quasi-exclusivement des populations en difficultés. C’est dans ce cadre que j’ai rencontré Sam, un adulte handicapé présentant probablement des troubles autistiques. Il venait chaque semaine avec un groupe. Lors de notre première rencontre au centre équestre, Sam refusait de sortir du véhicule, il se balançait sur son siège et s’opposait aux sollicitations de ses éducateurs. Après plusieurs dizaines de minutes, alors que les autres préparaient déjà leurs chevaux, un éducateur parvenait à le faire entrer dans le poney club. Son cheval n’attendait plus que lui mais Sam semblait débordé par l’agitation qui régnait autour de lui. Il s’est assis par terre et a commencé à se balancer, de plus en plus violemment, cognant sa tête contre le mur du box. Son cheval, quant à lui, restait impassible. Le reste du groupe se mit à cheval. Quand vint le tour de Sam il fallut à l’équipe user de nombreux stratagèmes pour lui passer le harnais du treuil adapté. Le treuil adapté est un dispositif permettant de faciliter la mise à cheval des personnes ayant des difficultés motrices. Sam bougeait beaucoup, il se débattait et j’observais en me demandant pourquoi insister de la sorte. Je craignais qu’il ne soit pas capable de tenir à cheval et ne se blesse. Sam monta à cheval, et bien que continuant à s’agiter, il tenait incroyablement bien en selle. La monitrice d’équitation prit la bride du cheval et positionna Sam à l’avant du groupe. Tous firent un tour de manège, puis un second. Au terme du deuxième tour, je cherchais Sam du regard, étonnée de ne plus l’entendre ni le voir agiter les bras. Il avait fermé les yeux, ses bras tombaient le long de son corps, comme endormi. Sam se laissait bercer par les mouvements de l’animal. Je n’en revenais pas, l’homme que j’avais vu cinq minutes auparavant était métamorphosé. Désormais, rien ne pouvait le perturber et il était d’un calme absolu. On avait l’impression qu’il n’y avait alors plus que lui et son cheval dans ce mouvement lent et rythmé. Au terme de la séance, Sam est rentré avec les autres, apaisé. Ce fût ma première expérience auprès du handicap, et j’ignorais encore du haut de mes 14 ans que celle-ci allait motiver mes futurs choix professionnels.
Suite à ce stage, j’ai également eu l’occasion de participer durant deux semaines à un séjour adapté au sein d’une ferme pédagogique proposant aux adultes accueillis des séances d’équithérapie (équitation, voltige, attelage…). Lors de mon mon entrée en formation de monitrice éducatrice, j’ai effectué mon premier stage dans un Centre d’Accueil de Jour auprès d’adultes handicapés psychiques, et mon second stage long au sein d’une Maison d’Enfants à Caractère Social auprès de jeunes enfants âgés de 6 à 12 ans.
Tout au long de mon parcours personnel et professionnel, j’ai pu constater les bienfaits du contact entre l’homme et l’animal auprès de divers publics et ce, dans de nombreux cas de figure. Ainsi ayant moi-même un rapport particulier aux animaux, je me suis interrogée au sujet des changements opérés chez les personnes étant en contact avec des animaux, et en suis venue à un questionnement :
Comment développer un travail éducatif en utilisant l’animal comme outil ?
Afin de tenter d’y répondre, je développerai mon écrit en 3 parties.
Dans un premier temps je présenterai l’établissement au sein duquel je suis actuellement en stage et sur lequel je me suis appuyée afin de développer ma réflexion. Puis, j’aborderai diverses notions théoriques se rapportant au lien homme/animal. Et enfin dans une dernière partie, je ferais le lien entre la théorie et la pratique à travers 3 expériences que j’ai pu mener.








I. Présentation de mon lieu de stage (MECS)


J’ai été accueillie début Septembre 2016 au sein d’une Maison d’Enfant à Caractère Social auprès d’un groupe d’enfants âgés de 6 à 12ans.
Les enfants pris en charge sont confiés par les services de l’Aide Sociale à l’Enfance, suite à une ordonnance de placement de la part d’un Juge des Enfants. Leur prise en charge est continue et la durée du séjour dépend de la décision du juge. Cette décision est révisée régulièrement, généralement tous les 6 mois à 1 an.
La prise en charge éducative sur ce lieu est assurée par une équipe pluridisciplinaire (éducateurs, infirmière, psychologue, médecin, éducatrice scolaire etc.). Elle est partagée avec différents intervenants externes à l’établissement (CMP, psychomotriciens, orthophonistes etc.) ainsi qu’avec les familles des enfants. Les projets individualisés évolutifs permettent aux jeunes de valoriser leurs parcours et de se projeter dans l'avenir le plus sereinement possible. Le travail avec la famille est central afin de valoriser le lien familial et de travailler conjointement à l’évolution de la situation des jeunes et des familles.
En étroite collaboration, l’équipe pluridisciplinaire et les intervenants externes à l’établissement travaillent avec l’enfant afin d’identifier les difficultés qui lui sont propres et lui proposer un accompagnement adapté au quotidien. Cet accompagnement passe notamment par la mise en place d’une prise en charge par des spécialistes, la mise en place d’activités et d’outils éducatifs ainsi que le travail au quotidien en lien avec le groupe. De nombreuses activités et séjours sont organisés grâce à un partenariat riche et à l’implication du réseau des professionnels exerçant au sein de cet établissement.
J’ai pu faire différentes observations concernant les problématiques rencontrées par les enfants sur le lieu de vie en lien avec leurs différents parcours personnels. J’ai remarqué qu’une partie des enfants rencontraient d’importantes difficultés de concentration et de régulation de leur agitation. Ces comportements font la plupart du temps suite au déficit de cadre et de sécurité qu’ils ont subi auprès de leurs familles. J’ai pu noter une demande affective de la part des enfants, ainsi qu’un rapport compliqué à l’adulte. Ce dernier nécessite un long travail sur la confiance afin de renouer un lien positif adulte/enfant. Chez plusieurs d’entre eux, j’ai aussi pu percevoir des difficultés psychomotrices légères à importantes allant de mouvements incontrôlés (tics) jusqu’à d’importants retards de cohésion motrice chez certains, dû à un manque de sollicitation durant la petite enfance.





II. Notions théoriques sur la zoothérapie

« La médiation animale consiste à faire intervenir un animal […] auprès d’une ou plusieurs personnes dont les besoins ou pathologies ont été préalablement ciblés, afin de susciter des réactions favorisant leur potentiel cognitif, psychologique, physique ou social. »
Le développement de l’éthologie depuis le début des années 40, suite aux travaux de Karl Von Frisch, Konrad Lorenz ou de Nikolaas Tinbergen, a permis de mieux comprendre l’animal. Ces études ont permis de mettre en avant les similitudes reliant l’homme à l’animal et d’identifier la relation présente entre ces deux êtres très similaires. L’animal présente de nombreuses facultés identifiables à l’homme (comportement, sentiments, réactions), et l’homme de par son instinct animal primaire est en mesure très naturellement d’entrer en relation avec l’animal.
Les premières expériences de zoothérapie remontent au IXème siècle en Belgique. Ce n’est qu’entre 1800 et 1900 que le sujet de la médiation par l’animal a commencé à émerger. En 1950, Boris Levinson (psychologue de l’Université de Yeshiva aux USA) démontra officiellement le rôle thérapeutique de l’animal au cours de séances de thérapie. Il mit en avant l’idée d’acceptation inconditionnelle de la part des animaux, facilitant alors la communication, contribuant à sécuriser l’environnement des patients, tout en favorisant l’estime de soi.
La médiation animale (ou zoothérapie) intervient toujours en complément de l’intervention des différents professionnels en lien avec la personne accompagnée (pédiatre, psychiatre, orthophoniste, psychomotricien, professionnels du secteur social etc.). Dans ce cas précis, elle s’intéresse principalement au rapport à l’autre, à l’éducation ou à la prévention de la délinquance. Elle peut également être utilisée dans le cadre de troubles de l’attention et de la concentration, de déficit de l’estime de soi, de dépression, de solitude et d’isolement.
Il existe peu de données scientifiques permettant d’expliquer les bienfaits constatés de la zoothérapie. Néanmoins, certaines recherches ont été menées à ce sujet, notamment par Aaron Katcher (psychiatre et professeur à l'école de médecine vétérinaire de l’université de Pennsylvanie). Ce dernier a pu constater que le contact avec un animal avait pour effet de diminuer la pression sanguine et le rythme cardiaque des personnes en interaction avec celui-ci. Cette réaction physique entraine par conséquent une diminution du stress et de l’agressivité chez les personnes concernées.
Les preuves scientifiques d’un bénéfice concret étant quasi-inexistantes, il est toutefois évident au regard des nombreuses expériences menées que celui-ci est bien réel. Selon François Badoud, « Les gens qui ne croient pas à la zoothérapie sont ceux qui ne croient ni à la télépathie, ni aux secrets. Ils ne veulent pas y croire simplement parce que l’on ne peut pas l’expliquer» .
Au-delà du manque de preuves scientifiques, de nombreux facteurs entrent en jeu dans le lien unissant l’homme à l’animal. De nombreuses théories peuvent être élaborées en lien avec les difficultés propres à la personne accompagnée.
Il est aussi important de rappeler que la zoothérapie est utilisée auprès de publics en difficultés, qu’elles soient sociales, motrices ou intellectuelles. Il s’agit donc de personnes ancrées dans une réalité souvent stigmatisante. Ainsi, le lien à l’animal à la particularité d’instaurer une relation de total non-jugement. En effet, l’animal n’ayant pas consciences des difficultés de la personne, celle-ci développe avec lui un lien sain et dépourvu d’intérêt ou d’enjeux. C’est une relation naturelle et authentique qui suffit à instaurer rapidement un climat de confiance, d’apaisement et de sécurité. Ce climat permet alors à la personne de prendre confiance en elle et de développer son estime de soi.
Dans le cas de personnes éprouvant des difficultés ou des incapacités de communication avec l’extérieur (mutisme, surdité, autisme etc.), il est possible de positionner l’animal comme interlocuteur non verbal. L’animal étant dépourvu du langage, il permet une approche différente de la communication, par la gestuelle, les sens... Boris Levinson explique dans un de ses ouvrages le cas d’un jeune garçon autiste dont il reçut les parents en urgence. Dans la précipitation, il oublia de faire sortir son chien du bureau et durant l’entretien, le jeune garçon qui jusqu’alors ne communiquait pas se mit contre toute attente à jouer puis à « discuter » avec l’animal du docteur. Boris Levinson décida de reproduire cela lors de différents entretiens avec différentes personnes, et à chaque fois le chien permis d’ouvrir la relation, ou de débloquer des situations jusqu’alors cristallisées, par la simple présence de l’animal.
Une des notions entrant en jeu dans la zoothérapie est la « thérapie assistée par l’animal », où la présence de l’animal ne dépend pas d’un objectif particulier, si ce n’est de créer ou valoriser le lien entre la personne et le thérapeute/accompagnant. L’animal est alors le catalyseur et pourra être utilisé afin d’étendre la relation avec le thérapeute. Il sera utilisé comme médiateur lors de séances de psychothérapie, la personne entourée d’une atmosphère sécurisante et apaisante aura d’avantage de facilité à s’ouvrir au dialogue avec son thérapeute. La triangulation de la relation est une notion très importante en médiation animale puisque le travail n’est jamais réalisé seul ou à deux. Il existe toujours un lien étroit entre la personne accompagnée, l’animal, et la personne accompagnante afin d’ancrer les bénéfices de la médiation dans la réalité, l’accompagnement et le quotidien de la personne.
Concernant la place de l’animal auprès des enfants notamment, Triebenbacher a publié en 1998 une étude visant à associer le lien enfant/animal à celui de l’objet transitionnel. Winnicott a développé l’idée d’objet transitionnel en 1953, traitant alors d’un objet non humain permettant à l’enfant de retrouver une dimension affective liée à l’attachement parental et notamment maternel (tétine, doudou etc.). Triebenbacher va plus loin, en considérant les notions primaires de l’attachement (toucher, interaction) et en les comparant au lien de l’enfant à l’animal. Il a donc étayé sa théorie en réalisant son étude auprès d’enfants ayant un animal au sein de leur foyer, et auprès d’enfants n’en ayant pas. 98% des enfants ayant un animal de compagnie ont alors considéré ce dernier comme membre à part entière de leur famille, tandis que la majorité des enfants ne possédant pas d’animal de compagnie étaient désireux d’en adopter un. Il est alors tout à fait possible de considérer l’attachement entre l’enfant et l’animal et de le lier à la séparation mère/enfant, ouvrant ainsi la possibilité de la création d’un lien animal/enfant permettant à ce dernier d’avancer sur la problématique du lien parental, notamment dans le cas d’enfants ayant souffert de difficultés de lien familiaux.
Enfin, concernant les personnes en situation de handicap moteur, l’approche de l’animal via l’équithérapie a montré des bénéfices non négligeables. Chez les personnes porteuses d’un handicap moteur, la thérapie par le cheval se montre tout à fait adaptée. « Au niveau physique et sensoriel, monter à cheval permet de développer le tonus, mobilise les articulations du rachis et du bassin, facilite l’équilibre, améliore la perception du schéma corporel, permet de travailler la coordination ou la dissociation des mouvements, facilite la précision du geste, permet l’association des membres supérieurs et inférieurs, et d’effectuer un travail de synchronisation. » Au niveau psychique et relationnel, le cheval stimule la concentration, développe la maitrise de soi, la vigilance et l’attention.

En règle générale, bien qu’aucune véritable preuve scientifique ne vienne confirmer les faits existants, on constate que le lien à l’animal permet aux publics, quelles que soient leurs difficultés, de les aborder sous une approche différente, stimulante et apaisante à la fois.









III. Situations

Je vais désormais aborder trois situations rencontrées au cours de mon parcours professionnel durant lesquelles j’ai pu utiliser l’animal comme support afin de venir appuyer mon travail éducatif, en lien avec différentes problématiques du public. Je décrirais ces situations depuis la plus anciennes jusqu’à la plus récente.

A) L’histoire de Lucienne

Tout d’abord, je vais exposer l’histoire de Lucienne et de sa rencontre avec un lapin de compagnie. Cet expérience a eu lieu avant mon entrée en formation et a renforcé mes questionnements sur la médiation par l’animal. Elle m’a permis de pouvoir mettre en place pour la première fois un temps lié à cette médiation et ainsi d’étayer ma réflexion et mes constats à ce propos.
Lucienne est une dame âgée de 94 ans que je connais bien. Elle vit en maison de retraite depuis son Accident Vasculaire Cérébral il y a 10 ans qui l’a privée de la parole, de l’écriture et de nombreuses autres facultés. Au fur et à mesure du temps, Lucienne a perdu en autonomie. Elle qui aimait sortir et qui a toujours vécu à la ferme est désormais contrainte de passer ses journées dans son lit, le quotidien se fait désormais long pour elle. Au fil des années passées en maison de retraite, elle s’est enfermée dans ce mode de vie et refuse depuis plus d’un an de sortir à l’extérieur. Elle apprécie beaucoup que des personnes lui rendent visite mais n’est plus capable de construire un échange. La seule chose qu’elle arrive à exprimer aux autres est son désir de manger, tant et si bien que les seuls échanges avec ses proches se concrétisent autour de l’alimentation (ils lui apportent des gâteaux, des pâtisseries…). Lorsqu’elle reçoit de la visite elle ne peut dissimuler sa joie, mais son incapacité à la verbaliser la frustre beaucoup et la limite dans ses échanges. Il est très souvent compliqué de comprendre ce qu’elle souhaite exprimer et voir l’incompréhension des autres la perturbe. Dans ce moments elle se montre agitée, ses mains tremblent, elle répète sans cesse le même son « Teu teu teu teu », le seul qu’elle puisse produire et qui peut lui permettre de créer un contact avec les autres.
Un après-midi, désireuse de changer sa routine et de créer un échange qui ne soit pas centré sur l’alimentation, je suis venue la voir avec un lapin de compagnie. C’est un lapin qui a les poils très doux et qui est de nature très curieuse. À mon arrivée, elle m’a regardé avec de grands yeux et m’a montré le sac que je tenais à la main, se demandant ce qu’il pouvait contenir.
« Bonjour Lucienne ! Comment vas-tu ? Aujourd’hui, je ne t’apporte pas de gâteaux, mais j’ai une petite surprise pour toi ! »
Comme toujours, elle a commencé à s’agiter, ses bras se sont mis à bouger, trembler, et elle a commencé à bégayer « teu teu teu teu ».
J’ai ouvert le sac et je lui ai montré ce qui se cachait à l’intérieur. Je l’ai regardé avec un grand sourire, sachant qu’elle adorait les farces et qu’elle allait se demander si tout cela était bien vrai. Ça n’a pas raté, elle a ouvert de grands yeux étonnés et a continué de plus belle à agiter ses bras, me questionnant du regard.
J’ai déposé l’animal sur son lit tout doucement. Incrédule, elle m’a regardé avec de grands yeux, toujours tremblante. J’ai ri, et lui ai présenté l’animal « Il s’appelle Jun, il est très gentil. Il est venu te voir aujourd’hui ! ». Elle a observé l’animal et a apporté sa main à sa bouche, un signe qui signifie pour elle la nourriture. « Non Lucienne, il n’est pas là pour être mangé. Il est là pour te faire des câlins ! » Dis-je en riant. Elle a continué à reproduire plusieurs fois le geste de la nourriture, comme déstabilisée, étant habituée à baser toutes ses interactions sur l’alimentation. De plus, vivant auparavant dans une ferme, il lui semblait naturel de déguster un bon lapin pour le dîner ! Je lui ai donc expliqué que c’était un lapin de compagnie, comme un chat ou un chien, qu’il vivait dans une maison, dormait sur le canapé, et n’était pas fait pour être mangé. Elle a levé les yeux au ciel avec un petit sourire malicieux « Eh oui Lucienne, les gens ont des lapins dans leurs maisons ! Je te l’accorde, c’est un peu curieux, mais les enfants adorent jouer avec, et il n’est pas question qu’il termine en civet. »
Puis elle a continué à observer les moindres faits et gestes du lapin, l’air interrogatif, et au fil des minutes ses mains et son visage se sont détendus. Elle a cessé de parler et avait posé ses mains sur le lit. Je ne l’avais pas vu depuis des mois voire des années poser ses bras le long de son corps, elle qui les agite sans cesse pour appuyer son échange et s’exprimer. Lorsque le lapin est montée sur son ventre, elle a levé la main d’un geste doux et assuré et a caressé l’animal. Elle m’a regardée, les yeux illuminés et n’a pas eu besoin de m’en dire plus. Elle savait qu’à cet instant, je comprenais ce qu’elle voulait me dire et que je voyais combien elle se sentait bien auprès de cette petite bête. Je lui ai donc demandé « Tu as vu comme il est doux ? Tu vois, ce n’est pas si idiot d’avoir un lapin de compagnie. C’est tout de même très agréable de passer du temps avec ! ». Elle m’a répondu par un large sourire, elle n’a eu besoin de rien de plus pour appuyer mon propos et est ensuite restée à observer et caresser l’animal, rigolant à ses moindres bêtises. Nous sommes restées plus d’une heure ensemble et cette rencontre ne ressemblait en rien à toutes les autres, elle était calme et détendue et nous avons pu partager un très bon moment ce jour-là.
Cette expérience m’a permis de mettre en pratique ce que j’avais pu constater en tant qu’observatrice tout au long de mon parcours au sujet de la médiation animale. Il s’agissait principalement d’un « test » et j’ai été surprise d’observer les réactions de Lucienne, notamment sur la question de son agitation liée à ses difficultés d’expression. Force est de constater que ce rapport particulier entre elle et l’animal fut vecteur de lien social, producteur de plaisir et de joie.
Emilie Barutello, psychologue praticienne en médiation animale au sein d’un EHPAD , a beaucoup travaillé sur la question de l’introduction d’animaux auprès des personnes âgées en institution. Elle a pu faire de nombreux constats quant aux bénéfices apportés, ces derniers allant dans le sens qu’a pu prendre cette rencontre pour Lucienne. Parmi les observations qu’elle a faites, on retrouve notamment l’idée de permettre aux personnes accueillies de retrouver le plaisir de la compagnie d’un animal, de partager des moments de plaisir simple, de permettre aux résidants une communication (verbale ou non) par la médiation de l’animal. Cet outil permet d’utiliser l’animal comme moteur de la relation soignant-soigné dans le but de réhumaniser leur rapport (souvent plus lié aux soins à accomplir). Il permet de favoriser les liens entre résidants et visiteurs lors de leur venue, d’apporter un moyen/un outil supplémentaire afin d’entrer en relation via la médiation animale, mais aussi de rétablir une relation d’humain à humain vis-à-vis des soignants. Le lien a l’animal a pour bénéfice de créer ou renforcer un sentiment d’ambiance/de climat plus intime, chaleureuse voire familiale par la simple vue de l’animal.
Les réactions de Lucienne face au lapin confirment la création d’un climat d’apaisement grâce à l’animal, qui par son non-jugement et son mode de communication tout particulier a réussi à l’apaiser et à lui faire oublier ses difficultés en lien avec la parole. Cette expérience lui a donc permis de communiquer avec moi d’une façon différente mais sereinement, n’étant pas obligée de communiquer verbalement mais procédant par de simples regards, qui traduisaient ses ressentis et émotions.


B) Nora et son poney

Lors de mon second stage j’ai rencontré la jeune Nora âgée de 6 ans. Elle venait d’arriver sur ce groupe après un an passé en famille d’accueil suite à la décision de son placement.
Nora est une enfant qui a évolué jusqu’à ses 5 ans dans un environnement familial dépourvu de cadre. Elle vivait seule avec sa mère qui était très absente et a reçu peu de marques d’affection. C’est une enfant qui n’a jamais été valorisée et qui manque de confiance en elle, elle est ainsi incapable de verbaliser ses désirs et ses émotions et les exprime donc exclusivement par des cris, des gestes et propos violents. Elle est sujette à une agitation très importante qu’il lui est très difficile de réguler. Lorsqu’elle doit rester assise notamment, elle développe des tics dans ses expressions faciales, des mouvements incontrôlés des bras et du corps. Elle est incapable de se concentrer totalement sur une tâche et son temps de concentration ne dépasse pas quelques minutes.
Dès mon arrivée j’ai été interpellée par la situation de cette enfant. Mon statut de stagiaire me permettant de bénéficier davantage de temps pour établir un travail en individuel, je me suis beaucoup investie auprès d’elle. Au fil des mois, nous avons travaillé toutes les deux sur sa place au sein du groupe qu’elle a eu beaucoup de mal à trouver. En effet, en raison de son importante agitation les enfants avaient tendance à l’isoler. Nous avons commencé par ponctuer les journées d’activités encadrées à plusieurs, telles que : jeux de société, histoire à plusieurs voies etc., afin de la valoriser au sein du groupe et d’apaiser les tensions existantes entre les enfants. Nous avons aussi travaillé plus en profondeur sur son comportement inapproprié (cris, gestes brusques, opposition, insolence) et après plusieurs semaines nous avons pu avoir une discussion toutes les deux, durant laquelle elle a su m’expliquer qu’elle avait besoin que l’on s’occupe d’elle. Nous avons parlé du lien avec sa mère et de son besoin affectif. J’ai pu lui faire entendre que nous étions conscients de ses besoins, mais que son comportement poussait d’avantage l’équipe à la réprimander qu’à la cajoler. Elle a été en mesure d’entendre et de comprendre (ce dont elle n’était pas capable à son arrivée) que nous étions là pour elle. Elle a su entendre que la meilleure façon d’attirer notre attention était de la faire de manière positive, en nous sollicitant positivement plutôt qu’en étant dans une démarche agressive.
Suite à l’accompagnement mené avec elle au quotidien, j’ai commencé à élaborer un projet de séjour éducatif pour elle et le reste du groupe. Connaissant les difficultés propres à chaque enfant, je me suis interrogée sur la façon dont ce séjour pouvait profiter au maximum à chacun d’entre eux. Mon choix s’est alors porté sur un séjour équestre d’une semaine, réunissant les 10 enfants autour d’une activité poney commune. Durant la totalité du séjour, chacun aurait la responsabilité d’un poney. Concernant Nora, j’avais pour objectifs que ce séjour puisse l’aider à apaiser ses angoisses, renforcer le lien qu’elle commençait à créer avec le reste du groupe d’enfants et l’équipe éducative, la valoriser via le soin à l’animal et sa responsabilité auprès de ce dernier, lui permettre d’établir une communication plus sereine avec l’animal (et par extension avec les personnes l’entourant), et lui permettre de réussir à canaliser son agitation et fixer sa concentration avant et pendant les séances d’équitation.
Lors de la première séance, Nora était enchantée par cette activité mais ne parvenait pas à établir de véritable lien avec son poney. En effet, elle appliquait à celui-ci une communication uniquement verbale et très directive (« Avance ! Stop, arrête-toi ! Viens par ici ! »). À la fin de la séance, j’ai pris un moment avec elle afin de l’accompagner dans sa rencontre avec l’animal. Nous avons procédé par des jeux et des expériences afin qu’elle comprenne quel ton adopter. À pieds, je lui ai demandé de faire avancer son poney avec elle. Elle a regardé son poney, a secoué la bride et lui a dit « allez, avance !! ». Le poney n’a pas bougé, je lui ai donc demandé quelle langue parlait son poney. Elle a rigolé et m’a répondu « il parle la langue des poneys ». Je lui ai donc proposé de lui apprendre la langue des poneys. Je lui ai expliqué qu’il communiquait grâce aux gestes, aux attitudes et grâce à une intonation calme. Je lui ai montré comment faire marcher son poney avec elle, comment lui demander d’avancer, de s’arrêter ou de tourner lorsqu’elle était à poney. Nous avons ensuite essayé uniquement avec la voix, puis avec les gestes adaptés. Nora a beaucoup ri durant ce petit jeu, car elle a constaté que le poney ne parlait pas sa langue et qu’elle devait agir différemment pour être comprise. Nous avons fait le lien avec le comportement qu’elle adopte, lorsqu’elle fait une bêtise alors qu’elle a besoin d’un câlin. Je lui ai dit que dans sa langue à elle, peut-être que la bêtise voulait demander un câlin mais que les éducateurs ne parlaient pas la « langue des bêtises » et qu’elle devait demander d’une autre façon. Quelques heures après, elle est venue me voir avec un grand sourire et m’a demandé un câlin.
Au fil de la semaine, Nora a opéré un changement spectaculaire dans son comportement. Elle ne criait plus sur son poney, à chaque séance elle parvenait à rester concentrée plus longtemps qu’à la précédente. Elle m’a beaucoup sollicité pour que je lui vienne en aide, pour que je lui montre des choses ou pour passer un moment à deux. Dans le groupe, les relations se sont trouvées bien plus sereines qu’auparavant avec Nora. Elle était capable de s’inclure aux jeux des autres sans qu’il n’y ai de débordement (bagarres, injures…). Au terme de la semaine, Nora qui au début était sur ses gardes allait très naturellement vers tous les animaux présents (chiens, chats, poules, chèvres et chevaux), elle faisait des câlins à son poney, demandait à aller le voir en dehors des séances, et ne criait ni n’était brusque auprès des chevaux. Le dernier jour, nous avions prévu une longue séance de plus de 2h. Alors que plusieurs enfants ont choisi d’arrêter au bout d’une heure, Nora est restée durant l’intégralité de la séance et a été en mesure de rester concentrée du début à la fin.
Depuis sur le groupe, les relations entre les autres enfants et Nora sont plus apaisées. Elle a plus de facilités à solliciter les adultes et à exprimer ses désirs et ses sentiments.
J’ai mis en place cette activité dont j’avais fixé les objectifs. J’étais conscience que les difficultés de Nora étaient conséquentes et que je risquais donc de ne pas tous pouvoir les concrétiser. Contre toute attente, l’équipe et moi avons été très surpris. Nora semblait transformée durant cette semaine, elle était méconnaissable en comparaison à la petite fille que nous connaissons au quotidien. Grâce au contact avec le poney, elle a été en mesure de canaliser son énergie, de s’ouvrir et d’être à l’écoute de l’autre, ce qui a pu libérer sa parole auprès de l’équipe. Elle a su créer un lien apaisé avec l’animal et cela s’est ressenti dans ses interactions avec le groupe d’enfants. Cette petite fille qui a du mal à accorder sa confiance est parvenue à nous solliciter pour nous demander de l’aide, nous confier des choses ou exprimer ses désirs. Le lien qu’elle a créé avec son poney nous a surpris car elle s’est beaucoup attachée à lui (a passé beaucoup de temps avec tous les jours, lui a fait des câlins etc). Le bénéfice a donc été mesurable pour elle. En effet ce contact a permis d’agir sur des points différents, l’aidant à surmonter ses difficultés de lien et de concentration.



C) L’animal comme soutien psychomoteur

Cette expérience a eu lieu simultanément à celle de la petite Nora. Lors de mon premier jour de stage, l’équipe m’a présenté Daniel, un jeune homme de 11ans vivant sur le groupe avec son frère jumeau et sa petite sœur. Ma tutrice de stage m’a expliquée l’histoire de ce garçon et de ses frères et sœurs ayant passé leur enfance seuls avec leur mère, enfermés dans une chambre d’hôtel. Les trois enfants ont développé des retards moteurs et rencontrent des soucis médicaux liés à l’absence totale de soins durant leur enfance. Daniel souffre d’importants soucis de vue. Il présente un strabisme très prononcé et irréversible et l’un de ses yeux n’est plus capable de voir. Ce garçon présente également un léger retard mental et moteur, il n’est pas capable d’assimiler des informations consécutives, d’exprimer un choix ou un avis. Il semble totalement en dehors des réalités. Par exemple, il lui arrive de partir à l’école sans être complètement habillé, ou même de marcher sans inquiétude dans une fontaine sans avoir l’idée de retirer ses chaussures ou remonter son pantalon. La perception qu’il a de son corps est très approximative. Daniel a du mal à se situer dans l’espace, il lui arrive de foncer sur les gens sans s’en rendre compte, de se trouver beaucoup trop grand (il est de taille normale), de choisir des vêtements loin d’être à sa taille etc. Sa coordination motrice est très perturbée. Il lui arrive très souvent de chuter, de se cogner dans les murs, il n’est pas capable de lancer un ballon. Néanmoins, il a souhaité être inscrit dans une activité ping-pong cette année, et nous avons tous été surpris de constater qu’il arrivait à jouer correctement alors même qu’il s’agit d’un sport de précision et de coordination. Nous avons aussi pu remarquer que lors d’activités sportives il se montrait bien plus adroit qu’au quotidien. Ainsi nous avons donc essayé de valoriser pour lui les activités en lien avec le sport dans lesquelles il se sent bien.
L’activité équitation me semblait donc être une bonne idée pour stimuler son attention, sa réactivité, son équilibre, la perception de son corps et sa coordination. Comme pour Nora, je m’attendais à ce que l’impact de cette activité ne soit pas assez important pour lui permettre d’évoluer sur ses difficultés et je m’attendais à très vite le voir totalement passif sur le cheval, ou tomber plusieurs fois par séance.
La semaine a débuté sur ce ton. Lorsque chaque enfant allait chercher son poney, Daniel, lui, restait debout au milieu du centre équestre. Il ne semblait pas perturbé de voir chaque enfant revenir son poney à la main, alors que lui n’avait pas bougé. Il a donc fallu que je l’accompagne chercher son cheval. Je lui ai proposé de bien observer l’animal afin qu’il puisse le reconnaitre parmi ses congénères. Son cheval avait une marque très facilement identifiable sur la tête, ce qui facilitait ce petit jeu. Lors de la séance, j’ai retrouvé Daniel comme à son habitude, nonchalant et totalement passif. Néanmoins, j’ai été étonnée de voir qu’il n’avait pas chuté de toute la séance. Lorsque je lui ai dit qu’il pouvait être fier de lui, il a arboré un grand sourire. Le lendemain, j’ai fait le choix de rester durant une partie de la séance à côté de lui. A chaque intervention de la monitrice, je lui demandais s’il avait entendu et compris. Au début, il n’écoutait pas, mais à force de sollicitations il s’est concentré sur la séance et a écouté les conseils de la monitrice. Je me suis un peu écartée et l’ai observée faire : lorsqu’il fallait arrêter le cheval, il y est parvenu sans qu’il y ai besoin de lui répéter les choses. J’ai renforcé toutes ses réussites en le félicitant, il semblait très fier de lui à chaque fois.
Le lendemain, je lui ai demandé s’il allait savoir reconnaitre son poney, très assuré il m’a donc montré l’animal qu’il pensait être le sien. Il n’en avait ni la couleur, ni la race. Daniel m’expliqua alors qu’il avait le même regard, et qu’il était sûr que c’était lui. Nous avons rigolé et je lui ai demandé « donc demain si tu vois un garçon à la peau blanche avec des cheveux blonds, qui a le regard de ton frère, tu penseras que c’est lui ? » (ils ont la peau noire). Daniel a rigolé en me disant « beeeen non voyons ! ». Nous avons donc fait de nouveau un petit jeu en allant voir plusieurs chevaux et je lui ai demandé de me dire quels signes ils avaient qui permettaient de les distinguer sans faute. Une fois qu’il avait compris le principe, il fut en mesure pour le reste du séjour de reconnaitre son poney.
Ce jour-là nous sommes partis à cheval en balade dans la forêt. Le poney de Daniel s’arrêtant régulièrement pour brouter l’herbe, je lui ai alors expliqué comment procéder : tirer les rênes vers le haut, donner des coups de jambes et regarder droit devant lui. J’étais alors consciente que cet enchainement d’actions était assez difficilement réalisable pour Daniel. Comme toujours afin qu’il assimile les choses, je lui ai demandé à chaque fois que son poney s’arrêtait ce qu’il devait faire. J’ai procédé ainsi jusqu’à ce qu’il soit capable de me lister ces trois actions, ce qui était pour lui une très grande étape.
Au terme de la semaine, Daniel n’était pas tombé une seule fois. Il arrivait à reconnaitre son poney et surtout, à coordonner ses mouvements. Au-delà de mémoriser les actions à faire, il arrivait à les mettre en place et à faire repartir son poney lorsque celui-ci s’arrêtait. Il a réussi à comprendre comment avancer, s’arrêter et tourner et à le mettre en place, aussi il a mémorisé les positions à adopter dans les descentes et montées lors des balades (pencher le corps en avant et en arrière) et a su le faire sans que personne n’ai à le lui rappeler.
Une nouvelle fois, j’ai été favorablement surprise par le bénéfice qu’a pu avoir cette activité auprès de Daniel. Depuis son arrivée au foyer, il est suivi à l’extérieur par une psychomotricienne. Malgré cet accompagnement, ses difficultés restent omniprésentes au quotidien. Ainsi personne ne s’attendait à constater l’attitude qu’il a pu avoir à cheval. Il n’est pas resté passif comme nous nous y attendions mais a pris les choses en main afin de diriger par lui-même son poney, il a su coordonner ses mouvements et travailler son équilibre, aussi et surtout il a su garder en tête les automatismes à avoir et les appliquer dès que c’était nécessaire.
J’ai donc pu mettre en pratique ce que j’avais eu l’occasion d’observer auprès de personnes en situation de handicap, et le succès de cette médiation a permis à Daniel de développer et valoriser ses capacités. Étant souvent confronté à l’échec, il est essentiel pour lui de pouvoir valoriser ses réussites. Ainsi je l’ai félicité à chaque fois et son sourire m’a montré combien il était fier de lui. Je lui ai d’ailleurs dit à plusieurs reprises qu’il avait de quoi l’être, et encore aujourd’hui il me parle de ce séjour et des séances de poney. Il reste bien entendu un énorme travail à continuer sur le plan psychomoteur, mais cette activité nous a permis de constater, contre toute attente, qu’il était capable de bien plus de choses que nous le pensions.







Conclusion

Tout au long de ce dossier, j’ai tenté de comprendre comment il était possible de développer un travail éducatif en utilisant l’animal comme outil.
Mes recherches m’ont permis d’appréhender les différentes médiations et thérapies en lien avec l’animal. Elles ont confirmé mes observations faites par le passé à propos de situations que j’ai pu rencontrer. Ainsi, j’ai compris que le simple contact avec l’animal n’était pas anodin et hasardeux et qu’il était nécessaire de l’ancrer dans un cheminement éducatif réfléchi. En ce sens il est capital de cibler les attentes et les objectifs, ainsi qu’adapter l’activité et l’animal en fonction de ces derniers. En effet, le contact avec l’animal n’est pas une médiation en soi. Comme tout travail éducatif, il nécessite une réflexion permettant d’identifier les difficultés rencontrées par la personne et les objectifs qui souhaitent être développés pour ensuite sélectionner l’animal et le contexte le plus propice à de bons résultats. Par exemple, il n’aurait pas été judicieux de mettre en place une équithérapie dans le cas de Lucienne puisque cette activité ne correspond pas à ses besoins. Lucienne a une résistance physique très faible et la sortie de la maison de retraite représente pour elle un angoisse importante. L’idée était de lui permettre de s’exprimer et de trouver un apaisement dans un cadre sécurisant, ce que n’aurait pas permis l’équithérapie.
Afin de développer un travail éducatif en utilisant l’animal comme outil, il est donc capital de procéder en 3 étapes distinctes qui sont :
- identifier les difficultés de la personne accompagnée
- fixer les perspectives d’évolution/les objectifs de l’activité
- sélectionner l’animal, le contexte et l’activité pouvant répondre aux besoins spécifiques de la personne.
Au départ, je pensais qu’il était relativement possible de procéder « au hasard » et que le simple contact avec l’animal pouvait mettre en avant de nombreux bénéfices. Je comprends désormais qu’il est nécessaire d’appliquer les 3 points précédemment cités mais aussi de mettre en place ce projet avec les différents professionnels en lien avec la personne. Leurs avis et perspectives sont à prendre en compte afin d’élaborer une activité qui fasse sens en tout point pour la personne.



Bibliographie


BADOUD François – Interview - Borel, 2008, p20 - Novembre 2006

BECK Alan M., KATCHER Aaron – « Between Pets and People: The Importance of Animal Companionship » - Purdue University Press - 1996.

BÉLAIR Sandy – « Interview d’Emilie Barutello, psychologue et praticienne en méditation animal, sur l’intégration d’un chien d’accompagnement social Handi’chiens en EHPAD » - Blog de la médiation animale et des interactions hommes-animales - 2016. (http://www.mediation-animale.org) consulté le 3/03/2017

BOREL Stéphanie – « La zoothérapie ou comment le contact ordinaire avec l’animal est devenu une aide psychologique » - Bulletin de la Société des Enseignants Neuchâtelois de Sciences, n°35 - 2008.

LEVINSON MAYER Boris – « Pet oriented child psychotherapy » - Thomas - 1969.

PEIGNIER Sophie – « Soins médiatisés par le cheval » - Équilinéa. (http://www.equilinea.fr/equitherapie) consulté le 01/03/2017.

TRIEBENBACHER LOOKABAUGHT Sandra – « Pets as transitional objects : Their Role in Children’s Emotional Development » - Psychological Reports, vol. 82.1, pp. 191-200 - 1998.

http://zootherapie.asso.fr/zootherapie- ... n-animale/ consulté le 01/03/2017


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Re: Cas de conscience : le travail des animaux ?
MessageMessage posté...: 01 Déc 2017, 11:10 
Grand maître Lapinous
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Inscription: 4 Sep 2012
Messages: 399
Très intéressant.
Tu es sûre qu'il n'y a aucune étude qui ai été faite sur les bienfaits du contact entre animal et handicapés?
Par contre, dans les 3 points que tu mentionnes en conclusion, je rajouterai que l'enfant ou adulte handicapé doit aussi avoir une appétence pour le contact avec l'animal.
J'ai un frère handicapé (surtout mental), il n'a aucun intérêt pour les animaux (et pourtant il en a vu passer chez moi!), ce type de programme serait donc sans aucun bénéfice pour lui! et je connais d'autres cas d'enfants casés en équithérapie pour qui ce fut un échec de ce fait.
Donc oui, c'est super, mais pas pour tous.

_________________
Cachou et Pablo, mère et fils.
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Re: Cas de conscience : le travail des animaux ?
MessageMessage posté...: 01 Déc 2017, 11:27 
Grand maître Lapinous
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Inscription: 15 Juil 2014
Messages: 1582
Il y a eu des études, depuis longtemps même, mais jamais aucune conclusion "scientifique". On a fait beaucoup de constats sans jamais pouvoir l'expliquer par la science :)

En effet, je pense que comme n'importe quelle activité il faut avoir un minimum d'affinités avec, le tout est de savoir identifier les intérêts et désintérêts de la personne avant de lui proposer une médiation comme celle-ci, on ne peut pas se contenter de prendre n'importe quelle personne et lui faire rencontrer un animal, ça n'aurait pas vraiment de sens, c'est un accompagnement avant tout individualisé ^^


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Re: Cas de conscience : le travail des animaux ?
MessageMessage posté...: 02 Déc 2017, 14:05 
Grand maître Lapinous
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Inscription: 11 Oct 2017
Messages: 354
Léa 76, merci !!!
Ce soir je vais avoir une bonne lecture ! C'est super sympa d'avoir partagé :bravo2

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«On ne peut voir la lumière sans l'ombre, on ne peut percevoir le silence sans le bruit, on ne peut atteindre la sagesse sans la folie.»


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Re: Cas de conscience : le travail des animaux ?
MessageMessage posté...: 21 Déc 2017, 07:21 
Grand maître Lapinous
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Inscription: 3 Mai 2017
Messages: 500
Bonjour Léa, je suis actuellement intérimaire secrétaire administrative longue durée au sein de L'institut medico-éducatif Maison d'Aix et forez de St Galmier, c'est une structure qui accueille des jeunes autistes, et qui travaille avec une association qui s'appelle Cheval bienveillant. Comme je tape les synthèses et rapports concernant les jeunes, c'est tout à fait passionnant de découvrir les bienfaits de l'équithérapie sur certains adolescents. ...
Je prendrai le temps de lire ton dossier attentivement. Mon travail n'est que temporaire, mais je suis passionnée, et je me nourris de tout ce que je peux comprendre et apprendre.


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Re: Cas de conscience : le travail des animaux ?
MessageMessage posté...: 21 Déc 2017, 11:08 
Grand maître Lapinous
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Inscription: 15 Juil 2014
Messages: 1582
Salut ! :)
Je n'ai jamais travaillé en direct avec des personnes autistes, mais j'ai pu observer des choses et entendre beaucoup de choses au sujet des bénéfices du cheval avec ce public qui semble être tout particulièrement sensible au lien avec l'animal. Elle prend toute sa dimension chez eux : communication non verbale, instinctive, presque charnelle !
Si tu es déjà dans ce milieu je ne pense pas que mon dossier t'apprenne énormément de choses, c'est un simple dossier d'étudiante haha^^ mais il te donnera probablement des infos supplémentaires ou des situations différentes de celles que tu peux observer au travail, j'ai essayé de couvrir plusieurs types de publics et difficultés pour rendre mon écrit plus global et montrer que la médiation animale peut vraiment fonctionner avec bon nombre de publics très différents :)


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Re: Cas de conscience : le travail des animaux ?
MessageMessage posté...: 21 Déc 2017, 13:04 
Grand maître Lapinous
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Inscription: 2 Oct 2016
Messages: 786
J'ai lu ton dossier avec bcp d'intérêt, merci Lea.


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